REVUE IMAGES n°67 - SOIREE du 14 JUIN 2017

Présentée par Jean BAUER, Stéphane & Michèle FABRE, et Ghislaine CHAPEAU 

Notre groupe de travail a provoqué une réflexion  pour essayer de répondre au constat des réactions "anti art actuel" face aux propositions de ce numéro  67 de notre revue IMAGES.

Notre but était de montrer que, ce que ce numéro proposait, était déjà inscrit depuis longtemps dans l'histoire des arts plastiques du genre portrait et qu'il fallait succinctement, restituer la photographie dans l'histoire de la peinture, d'où notre introduction, puis, ensuite montrer quelques autres tenants des esthétiques de chacun des 7 photographes honorés.

Pour nous aider nous avons replacé les images dans leur courant artistique le plus proche et pour cela la connaissance de la peinture dans l'Histoire de L'art a été l'un des éléments déterminants.

Puis chacun de nous a présenté et défendu un ou deux photographes, tout en tentant de répondre aux critiques.

 

En conclusion, la soirée a été très riche en échanges de points de vues et de nombreux adhérents ont souhaité que d'autres analyses de notre revue IMAGES puissent avoir lieu.

 

INTRODUCTION établi par Jean BAUER

La revue annuelle de notre club : IMAGES  numéro 67 a pour thème celui de l'autoportrait .

Elle nous présente 7 auteurs dont nous allons tenter de définir la démarche, en la replaçant dans les divers courants de l'histoire de la photographie.

 

Mais avant de traiter notre sujet évoquons

1- l'histoire de la revue en rapport avec le club.

2- un cadre de réflexions succinctes autour du portrait et de l'autoportrait dans les arts.

 

A.- La REVUE

 

Elle a été créée en 1975 en même temps que l'Union Nationale des Photos-clubs des PTT, aujourd'hui nommée Objectif Image.

La revue se veut être « un outil référent ». Gilbert Betoux, le président fondateur de l'Union, écrit dans le 1er éditorial qu'elle est « un organe de liaison et de prestige ».

 

Depuis 42 ans

– Elle est liaison entre les clubs amateurs.

– Instrument de découverte, d'ouverture vers le monde de la photographie, en évitant d’imiter les nombreuses revues et ouvrages existants.

– En proposant de montrer le travail des professionnels, elle veut susciter et stimuler chez les membres l'envie de créer ; d'où les différents salons organisés par le club à travers la France.

– Puisqu' à l'époque de sa création, rares étaient les institutions muséales, éditions et diverses galeries s'intéressant à la photographie, la revue consacre ses 1ères livraisons aux courants historiques ; depuis elle présente des courants plus contemporains.

 

B.- L'AUTOPORTRAIT comme sous-ensemble du genre PORTRAIT dans l'histoire de l'art.

 

Le portrait peut-être considéré comme le genre pictural qui a initié les arts plastiques,parmi le genre de la nature morte ou celui du paysage.

 

Pour l'illustrer, quelques mythes fondateurs :

 

– Celui de l'Antiquité : La fille du potier grec Butadès de Sicyone qui, amoureuse, dessine sur le mur la silhouette de son ami qui devait partir loin en voyage. C'est Pline qui raconte cette scène dans ses Histoires naturelles ( Livre 35, paragraphes 151-52 ). C'est une histoire qui a séduit de nombreux peintres dans la 2ème moitié du XVIIIème siècle …

 

– Celui de la mythologie : Le chasseur Narcisse qui, pour se désaltérer voit un reflet dans l'eau de la source et en tombe amoureux … C'est Ovide qui nous donne une version de cette  histoire dans ses Métamorphoses. C'est un mythe qui annonce bien nos selfies modernes, sans la catastrophe finale.

 

– Celui de la chrétienté : Véronique ( étymologie populaire : la vraie image - vera icon ) qui sur le chemin de croix du Christ, pour le soulager, lui essuie le visage. Nous connaissons tous le succès des différents suaires, celui de Turin en particulier et le fait que Ste-Véronique est la patronne des photographes …

 

Ces 3 exemples pour préciser quelques notions qui vont nous servir à étayer nos remarques concernant les photos de la revue.

 

Au départ, il y a désir de quelque chose : dans le 1er cas, l'amour de l'autre, dans le 2ème,celui de soi et dans le dernier, la compassion.

 

Ces 3 histoires mettent en évidence plusieurs éléments constitutifs de la photographie :

– La lumière, l'ombre, le moyen de fixer l'image

– Le reflet, le miroir, le flou

– Le support et les réactions chimiques ( ajout à ce propos : les troublantes images de l'explosion atomique japonaise de Nagasaki).

 

 

Par la suite le portrait, a fortiori l'autoportrait, est devenu une sorte de marqueur des « temps modernes » ( au sens historique ) c'est-à-dire, depuis qu'introspection et expression, permettent d'énoncer pensées et sentiments privilégiant l'individuel de l'être humain.

 

Osons affirmer le portrait comme image effaçant celle de Dieu ( a contrario du Livre de la Genèse où il est écrit que nous avons été fait à l'image de Dieu …et puis pensons à l'Islam et l'interdiction de représentation de l'être humain ).

Mais il deviendra surtout un genre qui permettra aux peintres de vivre de leurs pinceaux, du temps où les artistes étaient les valets des classes dominantes ( aristocratie jusqu'au XVIIIème s., puis bourgeoisie …).

 

 

Il en résulte que le portrait, pour être signifiant, doit représenter la personne avec quelques attributs permettant de la reconnaître, de la sortir de l'anonymat.

D'où l'importance de la taille du tableau, du choix du cadrage ( visage, torse, plan général … ), de l'environnement dans lequel il y a représentation et de la manière dont il est vêtu.

– Les personnages royaux en majesté, sur le terrain de la guerre ou bien simple galerie d'ancêtres …

– L'aristocratie dans ses atours, dans leur famille, dans ses charges, dans ses loisirs …

– Le «reportage» dépeignant des types de différentes catégories sociales : gueux,mendiants, artisans, paysans …

– Les artistes, avec les attributs de leur art, dans leur fonctionnement ( atelier du peintre par ex. ).

 

C'est avec peintres et photographes que nous allons maintenant nous en tenir à l’autoportrait, en précisant que ce genre ne se limite pas aux plasticiens ( peintre, dessinateur, graveur … ), mais que sculpteurs, cinéastes ( Jean-Luc Godard en 1995 JLG/JLG, autoportrait de décembre ),musiciens et surtout écrivains se sont adonnés à l'autoportrait. En littérature pensons à Flaubert qui disait « Mme Bovary c'est moi ». Avant lui, nous pourrions citer Montaigne, Rousseau, Stendhal et plus près de nous Gide, Sartre, Sarraute, Perec …

 

Du temps où l'on ne signait pas sa peinture, le portrait pouvait servir de « signature » cachée ( Pensons à Fra Angelico, Botticelli, Van Eyck, Michel-Ange …. ). Souvent sans certitude d'authenticité, car c'est par le bouche à oreille que cela se transmettait …

Fridha Kalho écrit « Je peins des autoportraits parce que je me sens si souvent seule et parce que je suis la personne que je connais le mieux.». 

 

Quelque part l'autoportrait peut être l'outil du « Connais-toi, toi-même ». Différents sentiments peuvent expliquer la démarche de celui qui s'autoportraitise : un simple constat, une manière de se mettre en valeur ( le « parce que je le vaux bien » de la pub ! ), une certaine complaisance ( narcissisme profond ), une carte d'identité sociale, mais aussi, à l'inverse, une haine de soi, de détestation de ce que le temps inflige à notre corps. Entre ces deux extrêmes il y a un très large éventail d'attitudes.

 

Je vous propose un classement en 7 registres, allant du neutre au plus marqué :

1- Constat simple. 

2- Se mettre en valeur ( « on s'aime » ).

3- Métier/identité sociale. 

4- Haine, déni de soi/autocritique/introspection/auto-ironie. 

5- Marque du temps sur son corps. 

6- Sorte d'anonymat.

7- Conscience de sa place dans l'histoire de l'art et de la société